Peut-on fermer une servitude de passage : conditions, procédure et risques
Oui, une servitude de passage peut être fermée si elle est légalement éteinte.
- Non-usage trentenaire : trente ans sans passage l’éteignent automatiquement.
- Confusion des fonds : réunion des deux terrains entre mêmes mains efface la servitude.
- Renonciation du propriétaire du fonds dominant, expresse et si possible notariée.
- Accord amiable des deux voisins, formalisé par acte notarié.
- Poser une clôture ne suffit pas à éteindre la servitude (CA Colmar, 2024).
- Publication au fichier immobilier recommandée pour être opposable aux tiers.
Les modes d’extinction légale d’une servitude de passage
Une servitude de passage n’est pas forcément définitive : le Code civil prévoit plusieurs hypothèses dans lesquelles elle s’éteint. La loi distingue toutefois extinction automatique et extinction volontaire, avec des conséquences très différentes sur le fonds dominant comme sur le fonds servant. Voici les quatre voies reconnues.
- Non-usage trentenaire : trente années sans exercice du passage éteignent la servitude, sauf reconnaissance récente.
- Confusion des fonds : la réunion du fonds dominant et du fonds servant entre les mêmes mains efface la servitude.
- Renonciation du voisin : le propriétaire du fonds dominant peut abandonner expressément son droit de passage.
- Accord amiable formalisé : les deux propriétaires peuvent décider ensemble de supprimer la servitude, acté par notaire.
Ce que la loi exige réellement
La prescription trentenaire est le mode d’extinction le plus fréquent en pratique. Il faut prouver trente ans de non-usage continu, sans acte interruptif. L’arrêt CA Colmar n° 21/04973 du 18 avril 2024 rappelle que le simple fait d’avoir posé une clôture ne suffit pas à éteindre la servitude : encore faut-il que le passage ait réellement cessé d’être utilisé.
La confusion joue lorsqu’une même personne devient propriétaire des deux fonds. L’extinction est automatique, mais elle renaît si l’un des terrains est rétrocédé.
La renonciation doit être expresse et si possible notariée pour être opposable aux tiers. Quant à l’accord amiable, il suppose un consentement mutuel écrit, sans quoi la servitude subsiste.
Une formalisation notariale recommandée
Quel que soit le mode d’extinction choisi, il est fortement conseillé de passer chez le notaire pour publier l’acte au fichier immobilier. À défaut, l’ancien bénéficiaire pourrait prétendre que la servitude existe toujours, et la charge de la preuve pèsera sur celui qui invoque l’extinction.
Qu’est-ce qu’une servitude de passage exactement

Une servitude de passage est un droit réel immobilier, défini par l’article 637 du Code civil. Elle grève un terrain, appelé fonds servant, au profit d’un autre, le fonds dominant. Le propriétaire du fonds dominant peut donc passer sur le terrain de son voisin.
Ce droit s’impose lorsque le terrain est enclavé, c’est-à-dire sans accès direct à la voie publique. L’article 682 du Code civil prévoit alors un droit de passage légal, dont l’assiette et les modalités sont fixées d’un commun accord entre voisins.
La servitude peut aussi concerner les opérations de construction, pour acheminer matériaux et engins. Elle est attachée au bien, et non à la personne : elle suit le terrain lors des ventes.
Peut-on fermer ou clôturer une servitude de passage : le principe
Chaque propriétaire dispose d’un droit de se clore, posé par l’article 647 du Code civil. Il peut donc édifier une clôture sur son terrain, sauf si cette fermeture porte atteinte aux droits d’un voisin.
L’exception majeure est la servitude légale d’enclavement de l’article 682. Le fonds dominant doit pouvoir exercer son passage : la clôture reste licite tant que l’accès n’est ni supprimé ni rendu plus incommode.
La Cour d’appel de Colmar, par un arrêt du 18 avril 2024 (n° 21/04973), a jugé qu’une barrière « de fortune » constitue une entrave, notamment par le risque de blessure. Fermer unilatéralement expose donc à une action en justice.
Cessation légale par disparition de l’enclavement
Le fonds servant peut demander la suppression de la servitude légale dès que le fonds dominant n’est plus enclavé. Cette situation survient lorsqu’une route ou un chemin public est créé, offrant un accès direct à la voie publique. Les articles 682 à 685-1 du Code civil encadrent cette cessation : le passage n’a plus de justification légale.
Concrètement, le propriétaire du fonds servant peut exiger la suppression du portail et de la clôture installés sur son terrain pour l’exercice du passage. Si le bénéficiaire refuse, le recours se porte devant le tribunal judiciaire du lieu de la servitude. Une action en référé reste possible en cas de trouble manifestement illicite, notamment pour obtenir la dépose de la barrière ou la remise en état du passage.
L’extinction est définitive et automatique : la servitude légale cesse de plein droit avec l’enclavement. Aucune formalité notariale n’est obligatoire, mais un acte constatant la disparition de l’enclave sécurise la situation juridique des deux fonds.
Servitude légale vs conventionnelle : règles de fin différentes
| Type de servitude | Base légale | Mode d’extinction | Conséquence sur la clôture |
|---|---|---|---|
| Légale (enclavement) | Articles 682 à 685-1 | Disparition de l’enclavement | Suppression des ouvrages possible |
| Conventionnelle | Articles 686 à 689 | Non-usage pendant 30 ans | Clôture après extinction constatée |
| Conventionnelle | Articles 686 à 689 | Renonciation du fonds dominant | Clôture possible après accord |
| Conventionnelle | Articles 686 à 689 | Confusion des deux fonds | Clôture libre, un seul propriétaire |
La servitude légale repose sur les articles 682 à 685-1 du Code civil. Elle naît de l’enclavement du fonds : sans elle, le propriétaire n’a aucun accès à la voie publique. Sa fin suit une règle simple : dès que l’enclavement disparaît, la servitude cesse automatiquement.
La servitude conventionnelle, régie par les articles 686 à 689, obéit à une logique différente. Elle résulte d’un accord entre voisins, souvent formalisé par acte notarié. Elle ne cesse pas parce que le terrain est désormais desservi, mais uniquement pour les motifs de droit commun : non-usage trentenaire, renonciation, confusion ou accord amiable.
Cette distinction est déterminante pour savoir si vous pouvez fermer le passage. Une servitude légale peut être éteinte unilatéralement par le fonds servant dès la disparition de l’enclave, tandis qu’une servitude conventionnelle vous lie tant qu’elle n’est pas formellement éteinte.
À découvrir aussi
Si la fin d’une servitude vous préoccupe, d’autres situations juridiques méritent votre attention. Le remboursement anticipé d’un prêt immobilier est un droit garanti à tout emprunteur, que la banque ne peut jamais refuser.
Point commun essentiel : dans les deux cas, la servitude est attachée au bien, pas à la personne. Elle se transmet donc automatiquement à tout acquéreur lors d’une vente, sauf mention contraire dans l’acte.
Litige, recours et procédure judiciaire
Bloquer un passage de façon unilatérale vous expose à une action en justice. Avant d’en arriver au tribunal, la loi impose de tenter une résolution amiable. Trois démarches sont possibles.
- Conciliateur de justice : démarche gratuite, idéale pour un premier accord.
- Médiateur : intervention payante, utile si le dialogue est rompu.
- Procédure participative : avec avocats, encadre un accord avant tout procès.
- Référé : saisi en urgence pour un trouble manifestement illicite.
Ces trois démarches amiables sont obligatoires avant toute saisine du tribunal pour la plupart des litiges de voisinage. Le conciliateur de justice, gratuit, suffit souvent à débloquer une situation tendue. Si le dialogue reste impossible, le médiateur ou la procédure participative avec avocat permettent de formaliser les positions de chacun.
En cas d’entrave caractérisée, la victime peut saisir le juge des référés. Cette procédure rapide vise un trouble manifestement illicite : elle aboutit à la dépose de la barrière ou à la remise en état du passage. L’arrêt de la CA Colmar du 18 avril 2024 (n° 21/04973) illustre ce risque : une barrière « de fortune » a été jugée constitutive d’une entrave, avec un danger de blessure pour les usagers.
Pour toute question sur vos droits, Allô Service Public répond du lundi au vendredi, de 08h30 à 17h. La page de référence Service Public a été vérifiée le 25 juillet 2025.
FAQ : questions fréquentes sur la fermeture d’une servitude
Que faire si le terrain n’est plus enclavé ?
Si votre fonds cesse d’être enclavé, la servitude s’éteint de plein droit par disparition de sa cause. Vous pouvez demander au propriétaire du fonds servant de constater la fin par acte notarié, puis faire supprimer la mention au registre immobilier.
Le refus de suppression mène-t-il au tribunal ?
Oui, un refus de suppression de servitude se règle devant le tribunal judiciaire du lieu de l’immeuble. Le demandeur doit prouver l’extinction du droit, et le juge peut ordonner la radiation de la servitude et des dommages-intérêts.
La servitude se transmet-elle lors d’une vente ?
Oui, la servitude de passage est un droit réel attaché au fonds dominant et suit automatiquement l’immeuble lors de la vente. Elle doit toutefois être mentionnée dans l’acte notarié et son état confirmé par le notaire.
Qui doit entretenir le passage ?
L’entretien incombe en principe au propriétaire du fonds dominant, celui qui use du passage. Sauf convention contraire, les frais d’entretien et de réparation se répartissent selon l’usage et l’intérêt de chaque fonds.
