Maison abandonnée : quel pouvoir du maire peut-il réellement exercer ?
Le maire dispose de trois leviers juridiques distincts face à une maison abandonnée.
- Abandon manifeste : procédure CGCT L2243-1 à L2243-4.
- Bien sans maître : incorporation gratuite via CGPPP L1123-3.
- Péril imminent : intervention au titre du CCH L511-1.
- Mise en demeure puis travaux d’office si besoin.
- Expropriation : issue ultime de l’abandon manifeste régulier.
- Maire seul compétent depuis la loi ALUR.
Quels pouvoirs a le maire face à une maison abandonnée ?
Face à une maison abandonnée, le maire dispose de trois leviers juridiques distincts. Chacun répond à une situation précise et peut se combiner avec les autres selon l’urgence et l’état du bien.
- Abandon manifeste : procédure CGCT L2243-1 à L2243-4 propre à l’agglomération.
- Bien sans maître : incorporation gratuite via CGPPP L1123-3.
- Police administrative : intervention en cas de péril imminent (CCH L511-1).
- Mise en demeure puis travaux d’office : si le propriétaire refuse ou reste introuvable.
- Expropriation possible in fine : issue ultime de l’abandon manifeste régulier.
- Maire seul compétent depuis ALUR : l’article 71 a supprimé l’avis du conseil municipal.
Ne confondez pas bien abandonné et bien sans maître : le premier relève de la police administrative, le second d’une logique domaniale. Un bien sans maître est acquis après 30 ans de succession ouverte, ou lorsque les taxes foncières restent impayées pendant 3 ans et que le propriétaire est inconnu.
La distinction conditionne tout : sur un bien sans maître, la commune incorporera gratuitement le bien à son domaine, sans passer par la déclaration d’abandon manifeste. Côté police, l’obligation d’agir est réelle : le CE, 5 mai 2014, n°361319 rappelle que le maire doit intervenir lorsqu’un immeuble menace la sécurité publique, même sans demande d’un riverain.
La procédure de déclaration d’état d’abandon manifeste

Conditions et champ d’application de l’abandon manifeste
- Immeuble, terrain ou voie privée tout type de bien immobilier est concerné
- Périmètre de l’agglomération le bien doit se situer dans ce périmètre
- Manifestement plus entretenu critère d’évidence, pas de simple négligence
- Sans occupant habituel absence d’occupation régulière constatée
- Enquête préalable obligatoire vérification sur le terrain avant toute décision
L’abandon manifeste repose sur les articles L2243-1 à L2243-4 du CGCT. Le point délicat reste la preuve de la réalité de l’abandon : une enquête sérieuse sur le terrain est indispensable pour éviter tout contentieux. Le maire ne peut pas se contenter d’une simple impression visuelle ; il doit établir des faits concrets et vérifiables.
Les trois étapes procédurales et le rôle du maire
La procédure se déroule en trois temps, sous la seule autorité du maire, qui est seul décisionnaire depuis la loi ALUR le conseil municipal n’intervient plus.
D’abord, le maire rédige un procès-verbal provisoire constatant l’abandon manifeste. Ce document est ensuite notifié au propriétaire, qui dispose d’un délai pour présenter ses observations.
Ensuite, après un délai de 3 mois suivant la publicité, un procès-verbal définitif est établi. Ce second acte confirme juridiquement l’état d’abandon si aucune contestation n’a abouti.
Enfin, cette déclaration ouvre la voie à l’expropriation du bien, qui devient possible au titre de l’article L2243-4 du CGCT. Le maire peut ainsi saisir l’autorité compétente pour engager la procédure d’expropriation.
Biens sans maître et biens vacants : quelle définition juridique ?
Un bien sans maître n’a plus de propriétaire identifié : ce dernier a disparu ou est décédé depuis plus de 30 ans sans laisser d’héritier. L’article 713 du Code civil et le CGPPP (art. L1123-1 et suivants) encadrent cette situation. À l’inverse, un bien simplement vacant conserve un propriétaire connu, même s’il ne l’occupe plus.
Autre cas fréquent : le propriétaire reste inconnu, sans représentant légal, et les taxes foncières sur les propriétés bâties (TFPB) demeurent impayées depuis plus de 3 ans. La commune peut alors présumer le bien sans maître une étape intermédiaire avant l’incorporation définitive. Un bien présumé sans maître n’est donc pas encore un bien sans maître au sens strict.
Attention à ne pas confondre avec la succession vacante (décès de moins de 30 ans ou héritiers renonciateurs) ou la succession en déshérence (décès de plus de 30 ans sans héritier), qui relèvent de l’État et non de la commune. Cette distinction conditionne la procédure à engager.
Acquisition du bien abandonné par la commune
| Type de bien | Base juridique | Seuil déclencheur | Mode d’acquisition |
|---|---|---|---|
| Bien sans maître | CGPPP L1123-3 | Propriétaire disparu ou décédé depuis plus de 30 ans | Incorporation gratuite au domaine communal |
| Bien présumé sans maître | CGPPP L1123-1 | Taxe foncière impayée pendant 3 ans | Constat puis incorporation au domaine |
| Immeuble en abandon manifeste | CGCT L2243-4 | Procès-verbal définitif après 3 mois | Expropriation au profit de la commune |
| Succession vacante ou en déshérence | Code civil art. 539 | Décès sans héritier depuis plus de 30 ans ou renonciation | Acquisition par l’État uniquement |
La commune peut intégrer un bien abandonné à son domaine de deux façons selon la nature juridique du bien. Pour un bien sans maître, l’acquisition est gratuite : la collectivité devient propriétaire sans indemnité, par simple incorporation au domaine communal ou intercommunal.
Pour un bien présumé sans maître, la procédure se déroule en deux temps. D’abord la commune constate l’abandon au vu des taxes foncières impayées depuis 3 ans. Ensuite, elle procède à l’incorporation effective dans son domaine.
Attention : pour obtenir le transfert de propriété, la commune doit avoir préalablement informé le propriétaire ou justifié son impossibilité d’agir. À défaut, l’acquisition reste fragile et peut être contestée.
Pouvoirs de police du maire (sécurité, salubrité)
Indépendamment des procédures d’abandon manifeste ou de bien sans maître, le maire détient un pouvoir de police administrative spéciale qui l’oblige à intervenir dès qu’une maison abandonnée menace la sécurité ou la salubrité publiques. Cette obligation ne relève pas d’une simple faculté : le Conseil d’État a rappelé que le maire doit agir face à un péril imminent, y compris contre un propriétaire récalcitrant (CE, 5 mai 2014, n° 361319).
- Risque d’effondrement : obligation d’agir dès que le bâtiment menace les occupants, les voisins ou les passants.
- Mise en demeure du propriétaire : première étape obligatoire, fondée sur les articles L511-1 à L511-22 du Code de la construction et de l’habitation (CCH).
- Travaux d’office si refus : le maire fait exécuter les travaux aux frais du propriétaire défaillant.
- Propriétaire introuvable : la commune agit directement, sans attendre une réponse impossible.
- Signalement par un riverain : toute alerte légitime déclenche l’examen de la situation par les services municipaux.
- Mesure proportionnée : l’intervention doit rester adaptée à la gravité du danger constaté.
La jurisprudence administrative confirme cette lecture : la cour administrative d’appel de Nancy a validé l’intervention d’une commune face à un immeuble dangereux laissé à l’abandon (CAA Nancy, 22 juin 2006, n° 04NC00546). Le maire ne peut donc pas se retrancher derrière l’inertie du propriétaire.
En pratique, cette procédure de police permet une réaction rapide, sans attendre les délais longs propres à l’abandon manifeste ou à la succession vacante. Elle constitue souvent le premier levier mobilisable par un élu ou un voisin alerté par une situation urgente.
Successions vacantes et en déshérence
Une maison dont le propriétaire est décédé sans héritier relève d’un régime distinct de l’abandon manifeste. On parle de succession vacante lorsque le décès remonte à moins de 30 ans ou que les héritiers ont renoncé. Au-delà de ce délai, la succession est dite en déshérence.
Dans les deux cas, seul l’État peut y prétendre (Code civil, art. 539). La commune ne dispose d’aucun droit automatique sur ces biens : elle ne peut donc ni les incorporer à son domaine, ni engager une procédure d’abandon manifeste à leur encontre.
Tout créancier la commune en fait partie pour les taxes impayées peut saisir le juge du tribunal judiciaire d’une demande d’envoi en possession. Cette saisine ouvre la voie à la liquidation de la succession et, le cas échéant, à la vente du bien (Code civil, art. 809-1 et 810).
Travaux d’office : le maire agit à la place du propriétaire
Lorsque le propriétaire refuse d’agir ou reste introuvable, le maire peut faire exécuter les travaux nécessaires d’office. La commune mandate alors une entreprise, mais la facture reste due par le propriétaire.
Cette mesure découle de l’obligation de police administrative spéciale : le maire ne peut pas rester inactif face à un danger. L’intervention doit rester proportionnée à la gravité de la situation.
Les frais engagés peuvent être recouvrés comme en matière de contributions directes. Le propriétaire demeure redevable, même après l’exécution des travaux par la commune.
