Transmission nu propriété et usufruit : le guide complet pour transmettre votre patrimoine en démembrement
Le démembrement sépare l’usufruit et la nue-propriété pour transmettre moins cher.
- Usufruitier perçoit les revenus et jouit du bien.
- Nu-propriétaire ne peut vendre seul sans l’usufruitier.
- À l’extinction de l’usufruit, pas de droits de succession supplémentaires.
- Valeur de la nue-propriété calculée selon l’âge du donateur.
- Barème : 40 % avant 50 ans, 70 % entre 70 et 80 ans.
- Cadre légal : articles 582 à 599 du Code civil.
Comprendre le démembrement de propriété : usufruit et nue-propriété
Qu’est-ce que le démembrement de propriété ?
Le démembrement de propriété consiste à séparer les deux attributs du droit de propriété : l’usufruit et la nue-propriété. Le Code civil encadre ce mécanisme aux articles 552 à 564 pour la propriété et aux articles 582 à 599 pour l’usufruit. Concrètement, au lieu qu’une seule personne détienne la pleine propriété, deux personnes se partagent le bien.
Le cas typique est celui d’un père qui décède : ses enfants reçoivent la nue-propriété, tandis que leur mère conserve l’usufruit du bien. Un simulateur Service-Public permet de chiffrer les valeurs fiscales respectives de l’usufruit et de la nue-propriété, qui varient selon l’âge du donateur.
Qui détient quoi : usufruitier et nu-propriétaire
Chaque partie détient des droits bien distincts, qu’il faut connaître avant toute transmission.
- Usufruitier : droit de jouir du bien et d’en percevoir les revenus
- Usufruitier : droit de percevoir les revenus (loyers, intérêts)
- Nu-propriétaire : droit de disposer de son droit, mais de façon limitée
- Nu-propriétaire : ne peut pas vendre seul ; l’accord de l’usufruitier est nécessaire
À l’extinction de l’usufruit généralement au décès de l’usufruitier le nu-propriétaire devient automatiquement plein propriétaire, sans droit de succession supplémentaire à payer. Cette règle constitue le socle de toute stratégie de transmission en démembrement.
Fiscalité de la transmission en nue-propriété

| Âge du donateur | Valeur usufruit | Valeur nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 50 ans | 60 % | 40 % |
| 50 à 60 ans | 50 % | 50 % |
| 60 à 70 ans | 40 % | 60 % |
| 70 à 80 ans | 30 % | 70 % |
| 80 à 90 ans | 20 % | 80 % |
| Plus de 90 ans | 10 % | 90 % |
Les droits de donation ne portent que sur la valeur de la nue-propriété transmise, jamais sur la pleine propriété du bien. Ce barème fiscal, fixé selon l’âge du donateur au jour de l’acte, est la clé de voûte de l’optimisation successorale.
Prenons l’exemple d’une villa d’une valeur de 450 000 € transmise par M. Dumoulin, 75 ans, à son fils unique. L’usufruit est évalué à 30 %, soit 135 000 €, tandis que la nue-propriété représente 70 %, soit 315 000 €. Les droits de donation sont donc calculés sur ces 315 000 €.
Le calcul se déroule en trois étapes : montant de la donation, application de l’abattement légal (100 000 € par enfant, renouvelable tous les 15 ans), puis application du barème progressif selon le degré de parenté. Plus le donateur est âgé, plus la valeur de la nue-propriété est élevée et plus l’économie réalisée par rapport à une donation en pleine propriété est importante.
La donation avec réserve d’usufruit permet ainsi de figer la valeur du bien au jour de l’acte. Toute la plus-value future échappe aux droits de succession : à l’extinction de l’usufruit, le nu-propriétaire devient plein propriétaire sans fiscalité supplémentaire. L’article 790 A bis du CGI ouvre même des abattements temporaires supplémentaires dans certains cas de donation aux descendants.
Le recours au notaire reste indispensable : seul un acte authentique garantit la sécurité juridique du démembrement et la correcte évaluation des droits.
Les avantages de la transmission en nue-propriété
La donation avec réserve d’usufruit est souvent présentée comme la stratégie patrimoniale la plus efficace pour transmettre un bien tout en conservant ses revenus. Le principe est simple : vous cédez la nue-propriété à vos enfants, mais vous continuez à percevoir les loyers ou à occuper le logement jusqu’à votre décès. Voici pourquoi ce mécanisme séduit autant de donateurs.
- Droits de donation réduits : les droits sont calculés sur la seule valeur de la nue-propriété, pas sur la pleine propriété un écart qui peut facilement représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros.
- Revenus conservés à vie : l’usufruitier continue de percevoir les loyers ou d’occuper le bien jusqu’à son décès, ce qui préserve un revenu complémentaire souvent précieux.
- Succession anticipée échelonnée : vous pouvez réaliser plusieurs donations dans le temps pour profiter à chaque fois d’un nouvel abattement, plutôt qu’une transmission unique au moment du décès.
- Frais de notaire allégés : les émoluments notariaux étant proportionnels à la valeur transmise, plus la base est faible, plus la facture est réduite.
- Abattements renouvelables : pour un parent et un enfant, l’abattement légal est de 100 000 € et peut être réutilisé tous les 15 ans, un levier puissant pour transmettre progressivement.
Ce montage présente un avantage supplémentaire souvent sous-estimé : à l’extinction de l’usufruit, le nu-propriétaire devient plein propriétaire sans payer de droits de succession sur cette valeur. Le gain fiscal est donc reporté et sécurisé au profit des héritiers.
Droits et devoirs de l’usufruitier et du nu-propriétaire
Obligations de l’usufruitier
L’usufruitier est celui qui détient le droit de jouir du bien et d’en percevoir les revenus, comme le prévoient les articles 582 à 599 du Code civil. À ce titre, il supporte plusieurs obligations concrètes pendant toute la durée du démembrement :
- Entretien courant à sa charge : il assure la maintenance quotidienne du bien.
- Réparations courantes : il finance les travaux d’usage et d’entretien.
- Paiement de la taxe foncière : il s’acquitte des charges fiscales et de copropriété.
- Pas de vente sans accord : il ne peut céder le bien sans l’accord du nu-propriétaire.
Ces obligations pèsent sur l’usufruitier tant qu’il conserve la jouissance du bien. Elles sont directement liées aux articles 552 à 564 du Code civil relatifs au droit de propriété.
Prérogatives et limites du nu-propriétaire
Le nu-propriétaire détient un droit réel sur le bien, mais son usage reste encadré. Il peut disposer de son droit, par exemple le vendre ou le donner, sans pour autant empiéter sur la jouissance de l’usufruitier. En revanche, il ne peut obliger l’usufruitier à vendre : le bien ne peut être cédé qu’avec l’accord des deux parties.
Autre point sensible : en cas de revente, la plus-value est calculée à partir de la date du démembrement, ce qui peut modifier l’imposition selon l’ancienneté du bien. Le nu-propriétaire doit donc anticiper cette contrainte fiscale avant toute cession.
Anticiper sa succession avec la donation de nue-propriété
La donation de nue-propriété consiste à transmettre un bien de son vivant tout en conservant l’usufruit. Le donateur continue de percevoir les loyers ou d’occuper les lieux, tandis que les bénéficiaires souvent les enfants deviennent nu-propriétaires.
À découvrir aussi
Autre formalité écrite souvent négligée, l’avenant au bail de location modifie les clauses du bail initial sans le remplacer. Enfin, quand une sonnette tombe en panne, savoir qui du propriétaire ou du locataire doit la réparer dépend de l’origine du dysfonctionnement.
À l’extinction de l’usufruit, c’est-à-dire au décès du donateur, le nu-propriétaire récupère automatiquement la pleine propriété sans droits de succession supplémentaires. Cette bascule est l’un des grands atouts de la stratégie démembrée.
Un père de 75 ans peut par exemple donner la nue-propriété d’une villa de 450 000 € à son fils unique : les droits de donation sont calculés uniquement sur la valeur de la nue-propriété, bien inférieure à celle du bien en pleine propriété. Le notaire reste l’interlocuteur clé pour sécuriser l’opération.
Points de vigilance et pièges à éviter
Le premier piège est la perte de contrôle : une fois la nue-propriété donnée, la vente du bien devient impossible sans l’accord du nu-propriétaire. Le donateur conserve l’usage, mais pas la mainmise sur le capital.
Attention aussi aux liquidités futures : après la donation, ce patrimoine n’est plus mobilisable en cas de besoin. Le barème fiscal dépend de l’âge du donateur : pour une villa de 450 000 € transmise par un donateur de 75 ans, la valeur de la nue-propriété se réduit à 60 % de la valeur du bien.
Enfin, en cas de revente, la plus-value se calcule à partir de la date du démembrement, non de la donation. Anticiper ces points avec un notaire permet d’éviter bien des désillusions.
